Déchets liés aux incivilités dans les espaces verts, quelles solutions ?

Enquête - Le 19 avril 2021



Quartier Saint-Cyprien à Poitiers. © EKIDOM.

En ce troisième confinement national, parcs et jardins constituent un des rares lieux de sorties autorisés et sont devenus un des principaux points de rencontres. En corrélation avec cette plus forte affluence, les déchets se font plus nombreux. Il est donc particulièrement d'actualité de revenir sur la problématique de la propreté des espaces verts et des solutions pour les maintenir les plus intacts possibles.

Parmi les tendances fortes du ressenti des habitants envers les espaces verts collectifs, la conception d’une nature propre et maîtrisée est très forte. Comme le note Emmanuel Boutefeu1, « si le parc est un endroit calme, il est aussi assimilé à un lieu propre sans déchet ni pollution ». Le critère de propreté apparaît en effet sans équivoque dans 69 %2 des réponses des usagers, étant ainsi le premier critère d’évaluation de la qualité d’un espace vert. Toutefois, maintenir cette propreté demande des équipes mobilisées et un matériel spécifique.

Une question qui se pose particulièrement dans certains lieux stratégiques

La problématique des déchets est influencée par la position de l'espace vert, sa taille, et les typologies de ses terrains. Le square Jérôme Cuzin, situé dans la commune d'Auch dans le Gers, est par exemple de petite dimension et propose à la fois un jardin sec, un îlot de fraicheur et une aire de jeu. Il s’y exerce pourtant une forte pression d'usage car il se situe à proximité de deux collèges et sert ainsi de lieu de rendez-vous et de pique-niques. Cela en fait un endroit propice aux déchets diffus comme les emballages et détritus alimentaires. Des espaces verts plus vastes, mais aussi plus excentrés par rapport au centre-ville, sont moins utilisés par les usagers et par conséquent confrontés à une moindre concentration de déchets. Il est également à noter que des actes d'incivisme plus importants sont remarqués dans les massifs et dans les zones humides, autant de points dissimulés aux regards et qui semblent inciter à l'abandon de déchets.


Parc du Vallon à Lyon. © Ilex Paysage Urbanisme.

La gestion du ramassage : plusieurs équipes à mobiliser pour un travail quotidien

La responsabilité du ramassage est souvent partagée entre les agents de la propreté urbaine (ou de la voirie) et ceux des espaces verts. Pour Alain Peres, responsable du service Environnement d'Auch, le point primordial de cette organisation consiste à « adapter la fréquence d’entretien. » Dans les espaces verts de la ville de Créteil, une agglomération beaucoup plus peuplée, cet entretien est quotidien : tous les jours, la première heure de travail des agents des espaces verts est dédiée au ramassage des divers déchets. (Lire le point de vue de Jean-Pierre Guéneau)

Le choix d'un matériel adapté pour encourager le respect du lieu

L'incontournable outil dans ce dispositif de lutte reste… la poubelle ! C'est à travers l'augmentation de leur nombre et la réflexion autour de leur taille, voire de leur diamètre, que des progrès sont menés pour proposer des équipements toujours plus adaptés et fonctionnels.
Pour aller plus loin, il est également possible d'amener le recyclage et le tri sélectif dans les espaces verts. Comme le souligne Alain Peres : « des corbeilles à papier en grande quantité sont disposées [dans le square], y compris des corbeilles spécifiques pour le tri. Pour ces dernières, il y a assez souvent des erreurs d’attribution mais nous arrivons tout de même à détourner une bonne proportion d’emballages recyclables, plus de la moitié en quantité. »
Toutefois, on trouve également des arguments qui vont à contre-sens de la mise à disposition de poubelles, un choix à première vue évident. Tout d'abord, la multiplication d'un mobilier urbain parfois peu esthétique et onéreux peut être un frein dans la conception d'un espace. Mais au-delà de ces considérations esthétiques, de nouveaux dispositifs semblent porter leurs fruits : dans des espaces verts de la ville de Rennes, les poubelles ont été retirées, et seuls des panneaux d'informations ont été installés pour inciter les usagers à prendre soin de leur environnement. Des points d'apports volontaires sont disposés à l'extérieur des espaces verts. Tout d'abord lancé au Jardin de la Confluence en 2018, puis progressivement étendu, le bilan de ce procédé est positif : moins de déchets abandonnés, des espaces plus propres et des jardiniers qui peuvent se concentrer sur l'entretien des espaces verts.

Une bonne communication pour sensibiliser le public et traiter le problème à la racine

Le cœur du problème demeure dans le rapport des usagers aux espaces verts. De nombreux citoyens cherchent à équilibrer les incivilités de certains en organisant des opérations ponctuelles de ramassage dans une démarche d'éco-citoyenneté. En effet, le maintien de la propreté est coûteux pour les collectivités, représente un travail quotidien chronophage et a bien sûr un impact environnemental si elle n'est pas assurée : il est donc nécessaire de sensibiliser les usagers à la question des déchets et de lutter contre les incivilités. Certaines communes comme Beauvais, Nantes ou Tours ont ainsi opté pour la création de brigades vertes afin de sanctionner les abus liés à la propreté des espaces publics. Elles assurent ainsi un travail de dissuasion en traçant les contrevenants et en leur adressant des procès-verbaux. Ce procédé axé sur la répression est un outil complémentaire efficace pour diminuer le nombre de déchets sauvages. La mise en place de panneaux qui rappellent constamment les pratiques à suivre et à ne pas suivre, ainsi que l'affichage de messages de prévention participent activement à ce processus de sensibilisation de façon plus pédagogique. Un exemple phare de ces opérations est la campagne menée par l'association Gestes Propres, en collaboration avec Citeo, l'Office national des forêts, Voies navigables de France, les parcs naturels régionaux, les Rivages de France et France Nature Environnement. Le message « Respectez la nature de ce lieu : gardez et triez vos déchets » a pu se répandre grâce à cette action conjointe qui montre la diversité des acteurs touchés par cette problématique.

La question de la propreté dans les espaces verts, et plus généralement dans les espaces publics, est l'affaire de tous. Alain Peres témoigne ainsi de son projet de « travailler avec nos collègues de la collecte des déchets et en particulier la cellule ‘Préventions des déchets et bonnes pratiques’ pour renforcer la communication sur le tri et rencontrer certains restaurateurs dont les emballages ne sont pas ou peu adaptés au tri et au recyclage. Améliorer la communication de tri sur les emballages eux-mêmes est aussi une piste de progrès envisagée. »

1 La nature en ville : des enjeux paysagers et sociétaux, Géoconfluences, Emmanuel Boutefeu.
2 Les espaces verts urbains : étude exploratoire des pratiques et du ressenti des usagers, Nathalie Long and Brice Tonini
(https://journals.openedition.org/vertigo/12931?gathStatIcon=true&lang=en)